Pourquoi La Vigile et un an après La Vigile
Il y a un an jour, le mercredi 18 décembre 2019, je quittais un endroit qui a changé ma vie, La Vigile. Je suis allé car j’avais un problème de consommation d’alcool. J’ai toujours su que j’avais ce problème, mais je me le suis caché pendant trop longtemps. J’ai 43 ans, je suis pompier et j’ai vécu avec ce problème plus de 25 ans.
Cela ne veut pas dire que je n’ai jamais eu de plaisir à boire, j’ai travaillé dans les bars pendant plus de 10 ans. J’ai également voyagé dont le but premier était de sortir et boire, Cancun, Las Vegas et surtout Ibiza. Cependant, plus j’avançais en âge, plus mes soirées se terminaient de la même façon. Avec des trous de mémoire et surtout dans mon portefeuille. Je dépensais tellement dans la boisson, restaurant et bar, que j’ai dû réhypothéquer ma maison, car j’étais trop endetté. Car mon problème était que je n’avais pas de fond. Tant qu’il y en avait, je buvais. Je n’étais pas capable de m’imposer une limite et de contrôler ma consommation.
Ce sont les dix dernières années qui ont été les pires. J’ai subi 4 opérations étalées sur 10 ans qui m’ont forcé à me mettre en arrêt de travail à plusieurs reprises. 1- En 2009 opération au genou, 1 an arrêté. 2- 2012 vésicule biliaire, 4 mois d’arrêt. 3- 2014 appendicite, 2 mois d’arrêt. 4- 2018 encore le genou, 13 mois d’arrêt. Donc pendant tout ces temps d’arrêt, pas de travail, pas de sport, peu de contact avec les gens et l’interminable réadaptation qui s’accompagne de colère, fatigue, incompréhension et frustration envers soi-même et les autres. Je buvais pour oublier tout ce qui m’arrivait, je buvais plus même. Durant mes trois dernières années, j’étais rendu celui à qui ont doit enlever ces clefs pour qu’il ne conduise pas et lui raconter ses soirées, car il ne se souvient plus ce qu’il avait fait. J’étais rendu la personne dont je me moquais lorsque je travaillais dans les bars et que je me disais, jamais je ne vais finir mes soirées comme ça.
Je n’avais plus le contrôle de ma vie.
Pendant des années je me suis demandé comment est-ce possible de vivre sans consommer. Je regardais des gens dans mon entourage qui ont réussi à ne plus consommer et je me disais comment font-ils, sans jamais avoir le courage de leur demander. Jusqu’ aux jours que je le demande à un ami, ça fait plus de 5 ans. Je croyais avoir atteint le fond du baril à cette époque, mais non, j’étais encore loin du fond. Ces conseils ne m’avaient pas éclairé. Même mon médecin de famille était inquiet de ma santé, par suite de prises de sang et mon examen annuel. Elle m’a suggéré de consulter un spécialiste du foie. Lui il m’a fait peur, car j’ai été honnête au sujet de mes habitudes de consommation et il m’a donné l’heure juste des conséquences si je continuais comme ça. Après mon premier résultat sanguin, il ne me prévoyait pas un bel avenir si je continuais comme ça, surtout à mon âge. Mais j’ai continué quand même.
Jusqu’ au jour que je ne sois plus capable. Le 6 novembre 2019, c’était le départ à la retraite d’un collègue. Encore une fois je n’ai pas été capable de contrôler ma consommation, il me manque une bonne partie de cette soirée et j’ai manqué de beaux moments avec un confrère avec qui je travaillais depuis plus de 6 ans. C’est ce matin- là que j’ai mis les genoux parterre et décidé de demander de l’aide à La Vigile. Je n’étais plus capable de vivre comme ça, les regrets, l’anxiété et les «hangovers » qui durent trois jours.
C’est la meilleure décision que j’ai prise de ma vie, le plus beau cadeau que je pouvais me faire. Aujourd’hui, ça fait plus de 13 mois que je suis sobre. Je me sens bien mentalement et physiquement parce que je pense à moi en premier, je reconnais et fixe mes limites. J’ai réussi à reprendre le contrôle de ma vie grâce à tout le personnel de La Vigile, intervenantes, cuisinière, proposé au ménage et administration qui m’ont donné tous les outils nécessaires durant mes 30 jours pour réussir à m’en sortir. Je ne les remercierai jamais assez. Les gens de la Vigile sont très respectueux, professionnels et toujours disponibles si ont à un problème. Jamais je ne me suis senti jugé par le personnel ou les autres résidents. Parlant des résidents, le fait que nous portons tous l’uniforme aide grandement à se tisser des liens de confiance et d’amitié avec les autres. C’est plus facile de s’ouvrir et de parler de nos problèmes, car nous sommes tout reliés par nos métiers. Il y a beaucoup d’entraide.
Ne vous faites surtout pas d’illusion, ce n’est pas un remède miracle. IL faut continuellement travailler sur soi, reconnaitre les situations qui nous mettent à risque, savoir dire non sans se justifier et continuer à demander de l’aide lorsque l’on en ressent le besoin. C’est le combat d’une vie en ce qui me concerne. Mais ça vaut le prix, car je ne me sentais plus bien dans ma peau et je ne m’aimais plus.
L’après Vigile pour moi, c’est le moment où je me suis rendu compte qui sont les gens qui m’aiment vraiment. Car je craignais la réaction des gens en sortant de la Vigile. Les collègues de travail avec qui j’ai fait tous les 5 à 7, les amis qui ont des restaurants, bars et les cousins…etc. Mais j’avais tort, car la grande majorité était tous fière de moi, car l’important pour eux, c’est que je sois bien et heureux. Malheureusement, il y a ceux qui ne comprennent pas pourquoi nous avons décidé de changer notre mode de vie. J’ai perdu deux amis d’enfance, car ils ne comprennent pas pourquoi j’ai décidé d’arrêter de boire. Pour eux ce n’est pas un problème. Ça fait très mal, mais l’amour et le respect de ceux qui sont fiers de ma démarche et réussite jusqu’ à présent sont cent fois plus réconfortants.
Merci et bon courage !!
Fred pompier !!